Affichage des articles dont le libellé est chronique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chronique. Afficher tous les articles

18/04/2012

DISQUES

MARK LANEGAN BAND
Blues Funeral
(4AD records 2012)

MARK LANEGAN, dans la mémoire collective, c’est ce mec sombre à la voix rauque qui a bossé avec Queen Of The Stone Age et flirté sur des bluettes  ‘countrysantes’ avec Isobel Campell,  la mignone. Au mieux on sait qu’il à d’autres albums solo au compteur et que sur le dernier ‘Bubblegum’ qui date d’il y sept ans (quand même ) se postait en choriste de choix et de luxe la talentueuse PJ Harvey. On sait  moins que  ce grand type de presque cinquante ans à débuté  sa carrière avec le groupe éphémère The Jury aux côtés de Kurt Cobain. Il a été la frontman de The Screeming Trees jusqu’en 1997. Enfin, MARK LANEGAN c’est aussi l’image d’un survivant qui se pointe sur scène en 2004 quelques semaines après un crash sévère en moto,  les bras et les mains salement amochés tenant en équilibre sur une jambe tant la douleur est encore vive. Ca marque !!

‘Funarel Blues' est son huitième album solo et sans doute le plus abouti et impressionnant de tous. Le plus affirmé et le plus ouvert également. On est là penaud face à l’évidence, devant l’immédiateté  du propos. Sentiment qui s’étiole sur la totalité d’un album sombre et combatif.  De l’ouverture âpre de ‘The gravedigger’s Song’ on passe sans intermède à la sécheresse de ‘Bleeding Muddy water’. La clarté de certaines compositions ‘Gray Goes Black’ donnent  au timbre de LANEGAN tout l’espace nécessaire à l’épanouissement de cette voix qui fait vite d’habiter l’auditeur . A l’à propos, succède la beauté qui succède à la surprise. La glaçante ‘St Louis Elegy’ glisse et mute soudainement  en gospel illuminé. Lorsque la cassure survient, personne ne s’y attend. Une rythmique dansante sur des nappes planantes et là où l’allégresse d’un sans faute pourrait se faner, ‘Ode To Sad Disco’ renvoi au meilleurs des Pet Shop Boys chanté par le plus ‘dark’ des interprètes. Jouissif !

Le souffle et les jambes coupés pas les évènements on tombe de haut lorsque retenti  ‘You’re Free again… One More Time’,  le refrain du mélancolique blues et bien nommé ‘Phantasmagoria Blues’. On est à l’entrée de la seconde partie de ‘Blues Funeral’, des étoiles plein les yeux et le cœur gros. ‘Quiver Syndrome’ sauve de l’abîme et son refrain pop salvateur donne de baume au coeur et de la raideur au corps, prolongé en vol plané par la spaciale ‘Horborview Hospital’. L’émotion passée, MARK LANEGAN retourne  à l’épure avec deux ballades ‘leviathan’ et la cisélée ‘Deep Black Vanishing Train’. Les sept minutes de l’épilogue ‘Tiny Grain Of Truth’ sonne comme un au revoir,  aspiré vers un future encore non dessiné, vierge et fertile,  comme tenu par la main, encouragé, épaulé, soutenu … à passer … à sauter le pas. Mark Lanegan signe un disque majestueux et intelligent aussi inspiré que censé. D’une beauté vraie et sans détour, ce genre de moment rare qu’on désire et cultive en nous  tant que possible.



31/03/2012

DISQUES

 
KILLING JOKE
MMXII
(cooking vinyl 2012)


Toujours aussi furieux et resserrés en son noyau originel, KILLING JOKE est de retour avec un quatorzième album studio. Loin d'être usée, la corde tient bon et semble même être pourvue de renfort tant la substance de 'MMXXII' est intense, voir incandescente. Depuis 1980, c'est un sans faute ou presque pour la bande à Jaz Coleman et ce nouvel album ne  fait qu'enfoncer le clou !

Dix nouvelles compositions allant de la formule punk-métal, à un rock puissant et un son qu'on reconnait à l'immédiat, armé de cette basse légendaire et de la voix de Coleman entre incantations et revendications. Un univers qui décidément  nous semble depuis longtemps maintenant si familier. La nouvelle livraison de KILLING JOKE va crescendo, de la longue introduction en deux temps, 'Pole Shift', en passant par l'urgent 'Colony Collapse' ou le punk 'Corporate Elect', le groupe s'accorde une pause avec 'In Cytheria', un titre rapide et plus doux dans son traitement. L'album 'MMXXII' est une pièce compacte pétrie de puissance et de révolte, mais aussi très profonde, contenant des plages atmosphériques bien pensées ('Primobile'). Les claviers font ici un retour remarqué même s'ils demeurent en fond de décors. 

S'il en était encore besoin, KILLING JOKE prouve une fois de plus qu'il a été, est et restera un groupe majeur dans l'histoire de la musique rock. Un 14ème disque et déjà un classique. On ne sait décidément pas avec qui le groupe à signer ce fameux pacte qui fait que les années n'ont aucune emprise sur lui. Géant !!

http://www.killingjoke.com



12/02/2012

ON AIME AUSSI ...



ATLAS SOUND

Parallax
4ad records 2011


Bradford Cox doit être un homme stressé. Tête pensante de Deerhunter et menant une carrière solo avec ATLAS SOUND, il nous offre ce Parallax à peine un an après 'Halcyon Digest' (album unanimement salué par la critique) et deux ans après 'Logos' (lui aussi très bien reçu à l'époque). Or beaucoup l'attendent au tournant : on lui reprochait déjà de faire du Atlas Sound-like sur le dernier Deerhunter ou vice-versa, il fallait sortir la grosse artillerie pour succéder aux "Shelia" ou "An Orchid". Un vrai casse-tête chinois.

Malgré tout, on le sentait venir, ce vent chaud et agréable du succès. Peut-être pas l'album de l'année, mais juste l'expression nouvelle du génie musical qu'est Bradford Cox. Ca allait faire mal, ça allait être vachement bien. A coups de quatre singles dévoilés ces toutes dernières semaines, se profilait un album d'automne exquis et délicat. Le plaisir d'autrefois, celui de la découverte de l'album le jour de sa sortie est sans doute gâché – et là n'est pas le débat. D'autres, meilleurs que moi, en discuteront ici même - , mais qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse, disait le poète. Et il avait sacrément raison.

En effet, les effluves distillés par 'Parallax' sont de ceux suscités par les plus grands crus, à la fois fruités, éthérés et cotonneux. Bradford Cox, au final, ne se situe jamais où on l'attend. Il nous emmitoufle dans une chaude couverture, et nous chuchote à l'oreille. Il entame son disque par deux morceaux – "The Shakers" et "Amplifiers", la première légère, la seconde beaucoup plus sinistre - qui n'auraient pas eu à rougir si elles avaient été glissées dans la tracklist de 'Halcyon Digest' ; nous emporte vers des contrées plus minimalistes, toutes en rondeur, avec "Modern Aquatic Nightsongs", ou des paysages plus mielleux et électroniques avec "Te Amo". Un vrai crooner (la pochette ne me contredira pas) se révèle au grand jour, une voix sensuelle coincée dans ce corps squelettique et malade. "Parallax" et "My Angel is Broken" reviennent en des terres pop-rock plus classiques, mais toutefois de belle facture. Et si la fin de l'album se traînera en longueur et en passages moins surprenants, on succombera sans broncher ou résister à l'acoustique "Terra Incognita", instant de grâce immédiate et désespérée : la solitude dans un espace infini mise en musique.

Bradford Cox se paye même le luxe de nous offrir la perle pop de l'année, le digne successeur de "Walkabout". Ne la cherchez plus, elle est là. En compagnie d'Andrew VanWyngarden (MGMT), qui fait sonner son piano comme du John Lennon solo de la première heure, reconnaissable entre milles avec ses chœurs discrets, "Mona Lisa" est la pièce la plus accessible de l'opus, la plus surprenante et la plus efficace aussi. Cox nous parle de "fantasies" et de "galaxies". Le moment de répit de l'album, sourire aux lèvres.

Beaucoup ont parlé de ce dernier ATLAS SOUND comme d'un album "science-fiction". Pourquoi pas, mais au-delà de ce qualificatif, Parallax est la compilation de morceaux la plus intime que Bradford Cox ait pu nous proposer jusqu'à aujourd'hui. La tâche sera ardue, mais à lui de nous surprendre encore, seul ou en groupe. On n'attend que ça.

Grotesquanimal (xsilence.net)




ON AIME AUSSI ...


THE BIG PINK
Future This
(4ad records 2012)

Soyons clair, la musique du duo londonien THE BIG PINK n’invente rien, mais il faut leur accorder une qualité essentielle : ils ont le sens de la mélodie qui tue. Dès le refrain de 'Stay Gold', sa basse énorme et les voix, donne envie de bouger comme un dératé. Même sensation tout au long de l’album. Les mélodies pop se marient parfaitement avec l'électro teintée de newwave 80's (quasi du Depeche Mode sur 'Jump Music'). Une écoute intégrale de l’album s'impose pour que le disque révèle sont total pouvoir addictif. Certains titres comme 'Stay Gold', 'Hit The Ground (Superman)' ou 'Jump Music' sont de petites bombes qui ne demandent qu’à exploser en live. Titres qui d’ailleurs semblent avoir été plus pensé pour la scène. Niveau visuel, l’artwork très beau, très arty tranchent avec les vidéos débordant de couleurs.

'Future This' se révèle être un bon album, avec ses titres forts qui assureront au groupe une 'visibilté' tout au long de l’année, au fil des singles. La parution de l’album en début d’année assurera à THE BIG PINK leur ticket dans plusieurs festivals cet été. Bonne occasion de se rendre compte de l’efficacité des titres de 'Future This' en live.


DISCOGRAPHIE

This Is Our Time ep - (2009)
A Brief History Of Love - (2009)
Future This - (2012)

08/02/2012

ON AIME AUSSI ...


JANE'S ADDICTION
The Great Escape Artist
(capitol 2011)

On pouvait se demander ce que devenait JANE'S ADDICTION, 8 ans après le précédent album, l'excellent 'Strays'. 26 ans après ses débuts, le groupe sort enfin le (seulement) 4ème album, 'The great escape artist'. Il faut dire que Jane's Addiction est un groupe composé de musiciens et d'un chanteur aux multiples facettes et que chacun a ses projets annexes. Un événement donc ce nouvel opus et (ouf !), l'attente valait vraiment le coup !

Ce qui frappe (entre autre) chez ce groupe, c'est ce don d'allier diverses influences, d'y mettre sa patte, toujours avec un son et une rythmique énorme, et d'être identifiable parmi mille autres. Des ambiances psychédéliques parfois, une guitare agitée et un basse batterie groovy, un chant et une voix halluciné, un peu hallucinant(e) aussi, un côté pop sans l'être vraiment, des petites touches 'hard rock 70's', une fusion idéalement composée. Chaque titre serait presque un tube ! 'The Great Escape Artist' regorge plus de morceaux mid-tempo que sur les précédents albums, même si des morceaux comme 'Words right out of my mind' sont assez pêchus, les arrangements paraissent plus mélancoliques, le chant en tous cas, l'est.

Réputé aux Etats Unis comme un groupe de metal alternatif (les fans de métal vont sûrement sursauter si ils jettent une oreille à JANE'S ADDICTION) mais l'étiquette ne me semble pas si loin de la réalité. Un soupçon de punk rock, de rock psychédélique, de heavy metal et de groove, le tour est joué avec brio ! L' expérience JANE'S ADDICTION, car on peut parler d'expérience au sens introspectif, vaut le détour, mais attention, tenter celle ci risque de mener à l'adoption !

Pierre VFP (ultrarock)


DISCOGRAPHIE

Jane's Addiction - (1987)
Ritual De Lo Habitual - (1990)
Stray - (2003)
The Great Escape Artist - (2011)

31/01/2012

ALBUM DU MOIS

JANVIER 2012


TRAILER TRASH TRACYS
Ester
(double six / domino 2012)

Inhabituelle, la scène se passe au Bar à Thym, à Toulon, quelques heures après le concert des TRAILER TRASH TRACYS à l’Opéra de Toulon dans le cadre du Midi Festival hivernal. On fraternise à coups de pintes avec les trois garçons du groupe – Jimmy Lee, tête de Joe l’Indien en beaucoup plus cool ; Dayo James, grand Noir à la timidité inversement proportionnelle à l’impressionnante carrure, et Adam Jaffray, blond et beau comme un diable. La craquante chanteuse suédoise Suzanne Aztoria, quant à elle, a préféré les bras de Morphée aux vapeurs de l’after.

Jimmy, homme à tout faire du groupe qu’il a cofondé avec Suzanne, nous assène cet aveu singulier : d’Ester, l’admirable premier album des TRAILER TRASH TRACYS, il est déjà las. “Je pense que notre deuxième album sera bien meilleur. Je veux qu’il sorte très vite, le plus vite possible. On en a déjà un peu marre de jouer ces chansons.” Ce cinglé de théories conspirationnistes (il nous en déballera au moins trois, ahurissantes, en quelques heures) semble hors de propos. Pour notre part, il nous faudra des lustres avant de nous lasser, si cela arrive, des chansons cosmiques d’Ester. Pour la part du reste du monde aussi. Entouré d’une hype à croissance exponentielle depuis la diffusion il y a deux ans sur le net de son tout premier morceau, Candy Girl, le groupe, bel espoir 2012, remplit toutes les salles britanniques, ayant joué quelques jours après Toulon dans une Brixton Academy bondée en (belle) compagnie de Gang Of Four et des Kills.

La position de Lee, le cul entre la chaise du présent et le trône de l’avenir, est pourtant logique : elle est le paradoxe consubstantiel des TRAILER TRASH TRACYS, qui rendent un clair hommage à leurs glorieux aïeux mais cherchent, toujours, à avancer. “On a tous grandi en écoutant peu ou prou les mêmes disques – My Bloody Valentine, les Cocteau Twins, ceux à qui on nous compare tout le temps. J’imagine que la base du groupe, ce son éthéré, vient de là. Quant à la référence constante à David Lynch, elle ne me dérange pas, elle est assez logique. Cette basse assez typique, minimale, profonde, organique, était une décision de base, conceptuelle : ça allait à l’encontre de tous ces groupes aux basses très angulaires, jouées comme des machines. On a joué plus lentement, on s’est dit ‘Tiens, essayons de faire un peu trembler cette basse’. ‘Oh, merde, ça sonne comme du Badalamenti dans Twin Peaks... Tant pis, personne ne s’en rendra compte !’ Et finalement, tout le monde nous en parle...”

Sur ces bases saines (mélodies pop, ambiances cinétiques, atmosphère abyssale, son tordu), le groupe a expérimenté. Pendant des mois, loin du monde, seul, avec des effets, des modulations, des réverbérations, des combinaisons de tout ça, avec un instrument inventé pour eux seuls par un savant fou de San Francisco. Avec, aussi, l’ésotérique solfeggio scale.

“J’ai pris un peu de temps pour moi avant qu’on enregistre. Je me suis retrouvé dans un drôle d’univers, raconte Lee. Il y avait beaucoup de gens un peu à part, aux idées et aux lectures peu conventionnelles, qui m’ont présenté des livres théoriques, spirituels. Un homme m’a parlé de l’existence de fréquences qui pourraient réparer ou modifier l’ADN. La pop-music est généralement jouée sur une échelle de fréquences légèrement différentes de celles-ci, un peu plus basse. Il y a eu des tests scientifiques : en jouant un do sur cette solfeggio scale, des molécules d’eau trouvaient une forme beaucoup plus symétrique, mathématique. Quand tu penses que notre corps est composé à 90 % d’eau...”

Et les corps, effectivement, de répondre positivement mais bizarrement, et différemment, aux magiques You Wish You Were Red, Dies in 55, Engelhardt’s Arizona, Strangling Good Guy ou Candy Girl : dans le coton et dans l’éther, dans le noir et la lumière, le cauchemar rouge sang et le songe de bleus infinis, ils flottent, planent. Et survolent tout le reste.


SOURCE : Les Inrockuptibles
http://trailertrashtracys.com/



29/01/2012

ON AIME AUSSI ...


STILL CORNERS
Creatures Of An Hour
subpop 2011

Un premier EP, 'Remember Pepper?', paru en 2008, permettait de faire connaissance avec STILL CORNERS, porte d’entrée d’un univers délicat, ou déjà se mêlaient les visions de l’architecte Greg Hughes à des volutes féminines. Mais c’est bel et bien la rencontre de l’Américain Hughes, dingue de Morricone et de musique de films, et de Tessa Murray, petit brin de blonde aux yeux de biche et à la voix de velours, qui fait le son de cet album. Deux ou trois singles, en fin d’année dernière, ont précédé la venue de ces dix titres, et entre temps, le duo s’est mué en quatuor : un batteur et un bassiste-claviériste, Leon Dufficy et Luke Jarvis, venus leur prêter main forte.

'Creatures Of An Hour' est un voyage dans une chaude dream pop avec un côté délicieusement bricolé : basses et batteries minimalistes, gimmicks répétitifs, claviers quasi-lo-fi. Un disque enregistré par Hughes lui-même dans son studio de Greenwich, et on l’imagine mal laisser à quiconque les rênes d’un projet aussi personnel. Ses penchants pour les BO à l’italienne se retrouvent dans certaines ambiances, certaines guitares au son brûlé, vacillantes comme un mirage (I Wrote In Blood), et réverbérées comme sur 'Submarine' qui clôt l’album.

Chaleur de l’orgue souvent présent, douceur de la voix de Tessa Murray, voluptueuse et susurrée dans un souffle presque érotique. Impossible de ne pas penser à Hope Sandoval et ses Mazzy Star. Dream pop donc, comme la bande son vaporeuse de rêves apaisés ('Endless Summer', 'Cuckoo'), voire de fantasmes plus épais comme monte l’intensité. Chaque titre continue d’emporter l’auditeur, de la puissance orchestrale des percussions sur 'Into The Trees' aux bidouilles électroniques simplistes de 'The White Season', du groove trip-hop de 'I Wrote In Blood 'et 'Velveteen' aux chœurs célestes de 'The Twilight Hours'. La deuxième partie du disque se densifie, s’assombrit, sans se départir de ce voile mystérieux. Les Still Corners ont même la décence de faire dans la concision, et le disque se termine déjà, comme une aube naissante, laissant à chacun le loisir de fermer les yeux pour replonger dans ce son de coton qu’on voudrait aussi 'endless' que le 'summer'.

Flavien Giraud (Rock Time)


http://stillcorners.tumblr.com

26/01/2012

ON AIME AUSSI ...


THE DUKE SPIRIT
Bruiser
(fiction records 2011)

Il y a souvent lieu de s’étonner de voir certains artistes cartonner et d’en voir d’autres condamnés à un relatif insuccès. THE DUKE SPIRIT font partie de ces combos que chroniques positives dans la presse et albums plus que respectables, n’ont pas autorisé la percée (cet album est leur troisième en 7 sept ans). Ils ont, pourtant, la chance d'avoir un label «compréhensif» leur autorisant à peaufiner, sur de longues années, un répertoire dont "Bruiser" semble être l’aboutissement.

Puisqu’il est, tout d’abord, d’approche on pourrait schématiser en disant que, appuyé sur la voix «rockailleuse» de Liela Moss, le groupe navigue sur des ambiances et une lisière très fortement imprégnées d’un rock gothique à la Elysyan Fields. Toute ressemblance s’arrête pourtant là dans la mesure où, alors que ces derniers évoluent dans un spectre plutôt onirique, Duke Spirit est lui, charpenté dans un univers plus organique, fait de tempos moyens certes, mais étayé par des arrangements qui assument pleinement la disruption à grands renforts de fuzz, de guitares distordues et d’effets soniques presque psychédéliques.

A cet égard les morceaux d’ouverture (Cherry Tree ; Procession) sont comme une prise en main et une introduction à ces climats mi-paresseux, mi-vénéneux qui parsèment le disque, une façon d'assumer ce qui, on l'aperçoit, se veut une exploration de la dangerosité des choses. Ce concept était une des critiques qui avait été formulée à l'encontre de THE DUKE SPIRIT. S'emparant d'une subversion dirigée contre la bienséance, il lui était reproché de presque s'arrêter à mi-chemin comme s'il se contentait de frôler le souffre sans vouloir s'y enflammer. Sur "Bruiser", à l'image d'une pochette on ne peut plus suggestive, le groupe semble avoir voulu saisir à bras-le-corps cette plongée dans les abîmes car même les titres les plus « langoureux » (Villain, Don't Wait) sont nimbés de sensualité exacerbée.

Le disque semble d'ailleurs comme s'aventurer, à chaque morceau, vers des chemins qui sont plus des traverses que des avenues illuminées. De Lux oscille entre chant grégorien (arrangements éthérés) et mélopée païenne d'où le souffle orchestral vire peu à peu vers le malaise. Il n'est alors pas surprenant que la douceur passe de l'aménité à l'amertume (Sweet Bitter Sweet) et que l'abrasion revendiquée par le terme de « bruiser » se fasse jour tragique sur une composition comme Everybody's Under Your Spell (spell = sort) qui démarre là où Gimme Shelter semblait vouloir s'arrêter.

"Bruiser" est comme un chemin, mais celui d'une croix qui serait renversée ; il détonne et étonne par ses mélodies intrépides et presque dangereuses. Elle séduisent par leur immédiateté et c'est en cela que les vertiges auxquels nous sommes conviés s'avèrent d'autant plus incitatifs.

claudecibels (indiepoprock)


DISCOGRAPHIE :

Cuts Across The Land - (2005)
Neptune - (2008)
Bruiser - (2011)


24/01/2012

ON AIME AUSSI ...


SOL INVICTUS
The Cruelest Month
(prophecy/auerbach 2011)

La sortie d’un album de SOL INVICTUS est en soi un évènement, puisqu’il s’agit d’un des pères du genre formé par Tony Wakeford après son départ de Death In June, qui peut raisonnablement être considéré comme le premier groupe du style peu avant Current 93 (avec lequel Tony Wakeford a également travaillé). Entité mystérieuse autour de son inamovible leader, SOL INVICTUS présente cette année son dix-septième album « The Cruellest Month » qui est aussi le premier depuis six ans.

On est complètement dans du SOL INVICTUS : Richesse musicale rare, variété, intensité, pureté. La différence avec les albums précédents tient dans une atmosphère plus oppressante et étrange (Le coté épique d’un 'To kill all Kings' par exemple). Pourtant le groupe utilise majoritairement des instruments folks (violons, guitares, accordéon, percussions). La voix si reconnaissable de Tony Wakeford est l’un des éléments moteurs de cette musique. Son timbre particulier se suffit à lui-même et dégage beaucoup d’émotions souvent au-delà de la musique qui l’accompagne que ce soit dans les incantations psalmodiées de « The Cruellest Month », les effets de chorale ou de plus simples mélopées ('Raining In April'). De plus, la musique de SOL INVICTUS n’est pas cantonnée à une époque et une région comme souvent le folk l’est. C’est une musique universelle passant par la valse, les motets du moyen-âge, les bruitages industriels... Ce 'The Cruellest Month' est un très bel album de musique neofolk, un must pour les amateurs du genre, et quelque chose à écouter pour toute personne ouverte aux expérimentations musicales…

Inspiré de Bakounine (pavillon 666)


http://www.tursa.com/

23/01/2012

ON AIME AUSSI ...


ZOMBY
Nothing
(4ad records 2011)

ZOMBY, orfèvre aux mains d’argent, cultive une musique épurée et concise. Il prouve une nouvelle fois qu’en réalité profondeur et longueur n’ont en commun qu’une rime fortuite. Oui, ses tracks sont courtes, très courtes (1’58″ pour la très agitée Sens) mais jamais dépourvues de profondeur, n’en déplaise à l’opinion commune!

L’E.P s’ouvre sur 'Labyrinth' où ZOMBY, iconoclaste comme à son habitude, se joue d’un break jungle qu’il bafoue avec dextérité et malice. Break qu’il allie alternativement à des nappes aériennes et jungle basses. Introduction en clair obscure dont la seule finalité est d’égarer l’auditeur ce qui, soit dit au passage, fonctionne très bien! Puis se présente à nos tympans Digital Fractal, comptine 8-bit orpheline et nocturne, « belle comme des lumières sous la pluie »… La suite s’écoule comme les marres vermeilles dont Romero aime ponctuer ses films, avec sensualité et désolation. Mais ne vous y trompez pas, malmenés entre sonorités U.K. Bass ingénieusement dissimulées, beats Jungle et claviers 8-bit kaléidoscopiques, 'Nothing' ne vous laissera aucun répit!

Visite guidée de ruelles sombres et exigües, hangars en décrépitude, ruines évocatrices du temps des raves jungle Londoniennes d’où émane une profonde mélancolie. Faiseur d’éclipses lunaires, ZOMBY paisiblement prostré dans son T1 boisé, méprise les vivants, le temps qui passe et les tendances. Sa musique, à lui, est atemporelle. Elle réveille les morts et ferait des Catacombes la plus grande free party jamais organisée. Performance qui, ma foi, mérite bien que l’on affuble son auteur de la mention « Cadavre exquis »!

Jean (wildmuzik)


http://www.myspace.com/zombyproductions

ON AIME AUSSI ...


GAVIN FRIDAY
Catholic
(rubyworks 2011)

Oui, GAVIN FRIDAY fut l'icône d'un rock décadent dans les années 80 et marqua la scène 'dark' de sa voix particulière et d'une attitude parfois choquante avec les Virgin Prunes. Seulement, voilà longtemps maintenant, 25 ans exactement, que l'artiste solo s'est épanouie dans une pop soyeuse, typée 'cabaret' et 'Catholic' qui est son quatrième essai solo (sans compter ses participations à de nombreux bandes originales de films) ne déroge pas à la règle. Ce nouvel album, attendu depuis 15 ans quand même, reste dans la lignée de ses précédents travaux solo. Une pop plutôt sucrée sur laquelle sa voix chaude se pose à la perfection. Même si l'ensemble reste inégal, 'Catholic' contient d'excellents moments, comme l'ouverture 'Able' au pouvoir de séduction indéniable, 'A Song That Hurts' à fleur de peau, où la magnifique ballade 'It's All Ahead Of Yoou'. Le plaisir de retrouver cette voix unique reste intact.


ALERTE : GAVIN FRIDAY est en concert pour trois dates en février en Belgique.

16/01/2012

ALBUM DU MOIS

DECEMBRE 2011



THE BLACK KEYS
El Camino
(nonesuch 2011)

Quiconque se souvient de l'époque fort lointaine où la parution d’un nouvel album des Rolling Stones donnait le ton de la saison – blanche et sèche en 1971 pour 'Sticky Fingers', caniculaire l’année suivante pour 'Exile On Main Street' – ne remerciera jamais assez THE BLACK KEYS de perpétuer la tradition… En ces temps de dérèglement climatique, 'El Camino' annonce ainsi un hiver 2012 méchamment torride, que l’on traversera pied au plancher. Fort du plus beau disque de rock’n’roll paru en 2010 – le chaleureux 'Brothers' –, la belle paire d’Akron (Ohio) remet ça pour la septième fois, toujours en mode crescendo. Moins soul que son prédécesseur, c’est un album ramassé et recentré sur les guitares électriques – personne ne sait faire sonner un Fender Twin comme Dan Auerbach – qui œuvre à notre bonheur.

De tube planétaire ('Sister', une leçon de genre en moins de quatre minutes) en boogie endiablé ('Lonely Boy', 'Hell Of A Season'), de rock kamikaze ('Dead An Gone', 'Money Maker') en fausse accalmie acoustique ('Little Black Submarines'), rien ne résiste à Pat Carney et son frère de sang, à nouveau épaulés par un Danger Mouse fort discret – exit les claviers géniaux de 'Attack & Release' (2008). Incontournable influence de 'El Camino', l’ombre majestueuse de The Cramps – comme Jim Jarmusch, Lux Interior était natif d’Akron – plane sur ces onze brûlots, tour à tour funky ('Nova Baby') et chaloupés ('Mind Eraser'), sexuels ('Run Right Back') et nostalgiques des sixties ('Stop Stop'). Avec 'Gold On The Ceiling', son diabolique gimmick au Moog et son solo à la fuzz, THE BLACK KEYS réaffirme enfin son amour pour Marc Bolan. Une certaine idée de la classe.

Renaud Paulik (magicrpm)



DISCOGRAPHIE :

The Big Come Up - (2002)
Thickfreakness - (2003)
Rubber Factory - (2004)
Chulahoma - (2006)
Magic Potion - (2006)
Attack & Release - (2008)
Brothers - (2010)
El Camino - (2011)

http://www.theblackkeys.com

ALBUM DU MOIS

NOVEMBRE 2011



KATE BUSH
50 Words Of Snow
(fish people)


A la sortie, en mai dernier, de 'Director's Cut', premier album de la rarissime Anglaise depuis six ans, on pouvait regretter qu'il s'agis­se « seulement » d'une revisite (si inspirée soit-elle) de ses oeuvres passées. On imaginait KATE BUSH repartant aussitôt pour une longue hibernation. Erreur. Tel le train qui peut en cacher un autre, 'Director's Cut' ouvrait la voie au véritable successeur de 'Aerial', ce splendide et hivernal '50 Words For Snow', nouveau jalon dans la carrière exemplaire de l'imprévisible musicienne.

Sur 'Director's Cut', KATE BUSH ne cherchait pas à solder son passé, encore moins à camoufler une compilation banale d'anciens titres en les rhabillant de sons neufs : elle voulait accrocher les wagons, donner aux chansons de 'The Sensual World' et de 'The Red Shoes' la chaleur et l'espace qu'elle estimait leur manquer. Un pari réussi, qui semble l'avoir libérée et encouragée à enregistrer dans la foulée cette suite onirique aux airs de poignant et gracieux mariage, en sept longues plages, des plus belles réussites d'Aerial avec les innovations rythmiques (du batteur d'exception Steve Gadd) de 'Director's Cut'.

Oubliez les envolées vocales acrobatiques et les arrangements subtilement emphatiques d'antan, BUSH chante ici, sans chercher à forcer, d'une voix plus grave, plus chaleureuse, de son âge, en replaçant le piano au coeur de sa musique. On pense parfois, souvent même, à l'évolution musicale de Mark Hollis avec Talk Talk autrefois, à une différence majeure près : à aucun moment BUSH ne paraît s'évaporer, basculer dans le monde du silence. C'est même le tour de force qu'elle réalise, en traduisant en sons la vision ouatée mais enivrante de flocons qui tombent inexorablement, recouvrant de blanc les toits ou les champs. Car il n'est question que de neige ici, au propre comme au figuré, de l'existence éphé­mère d'un flocon à cet amant impossible, semblable au bonhomme de neige, qu'un peu de douceur partagée fait fondre, ne laissant dans le lit vide qu'une trace glacée et humide. La chanson s'appelle 'Misty', la plus belle d'un album exempt de faux pas.

Car même Elton John, idole de jeunesse de KATE BUSH, invité à lui donner la réplique sur 'Snowed In At Wheeler Street', et qui en fait des tonnes, n'arrive pas à casser l'harmonie de l'ensemble. Ail­leurs, deux contraltos se chargent des notes que KATE ne cherche plus à atteindre sur le quasi liturgique 'Lake Tahoe', tandis que le très docte Stephen Fry se charge d'énumérer les cinquante expressions évoquant la neige sur la chanson-titre. Steve Gadd, auteur déjà de l'extraordinaire pulsion sur '50 Ways To Leave Your Lover', de Paul Simon, il y a des lustres, tient la plus feutrée et inventive des cadences tout au long d'un album où BUSH paraît s'adresser à chacun de nous. On frissonne, mais pas de froid. 'December Will Be Magic Again', avait-elle prédit en 1980. Trente ans plus tard, KATE BUSH ne déçoit toujours pas ceux qui savent l'attendre.

Hugo Cassavetti (Telerama)


http://www.katebush.com



30/10/2011

ALBUM DU MOIS

OCTOBRE 2011



ST VINCENT
Strange Mercy
(4ad records)

Hors norme dès 2007, Anne Clark aka ST VINCENT arrive avec sous le bras 'Marry Me', premier album étonnant de pop incernable. Quatre ans plus tard, l'artiste accomplie qu'elle est, reste plus que jamais hors norme avec 'Strange Mercy', troisième disque inclassable et pourtant ô combien envoûtant. Cette jeune femme d'une beauté troublante est un paradoxe dans le monde de la musique.

Dangereuse et redoutable, cette nouvelle collection de chansons composées par Anne Clark seule à la guitare possède l'introduction la plus vénéneuse qui soit. L'étrange 'Chloé In The Afternoon', référence ouverte au film de Rohmer ouvre le bal ou devrait on dire offre une porte d'entrée sur le monde d'Anne Clark où rien n'est acquis et dans lequel les croyances s'effondrent comme de vulgaires châteaux de cartes. Le premier extrait, 'Cruel' annonçait pourtant un album pop bien fagoté. Il n'en est rien et 'Strange Mercy' sera bien, tellement plus qu'un album pop. La beauté acide de 'Cheerleader' enfonce le clou dans l'expérience paradoxale presque expérimentale de l'approche musicale de ST VINCENT. C'est bien ici de beauté, d'intelligence, de finesse de précision et d'originalité dont il est question. On s'enfonce dans la forêt enchanteresse et fleurie pour se retrouver dans un chemin escarpé jonché de ronces l'instant d'après.

Anne Clark possède un talent unique. Celui de la bipolarité, du paradoxe qu'elle domine parfaitement. La dame est exigente et l'artiste affirmée. Plus encore que sur ces précédentes réalisations, 'Strange Mercy' représente en son entier la forte personnalité d'Anne Clark. Parfois lyrique, candide, parfois avant-gardiste et vénéneuse, toujours fort à propos. Angélique puis diabolique, ce troisième disque possède toutes les qualités d'un classique, d'un disque l'intemporel dispensant une musique qui se dévoilera longtemps encore au fil des écoutes. 'Strange Mercy' de ST VINCENT, grand disque audacieux enfanté par une artiste sensible et intelligente est sorti le 4 octobre. Qui aurait pu prévoir qu'en début de mois toute autre sortie discographique resterait veine. Essentielle et sublime !!

(opé)


http://www.ilovestvincent.com

19/10/2011

ON AIME AUSSI ...


Ces derniers temps sont sortis des formats courts, EP's divers, sous diveres formes. Trois ont retenus notre attention, là aussi pour diverses raisons. Comme ce mini album live de TV ON THE RADIO, qui est paru en septembre sous forme vinyle, cd et digitale. Il a été enregistré au Village Studio de Santa Monica et contient cinq titres qui démontrent toute l'aisance du groupe sur scène, déployant une énérgie proche du punk, offrant alors une ampleur nouvelle au compositions.

Un peu plutôt au début de l'été est paru un EP live quatre titres de STORNOWAY de toute beauté. Les jaquettes carton sont imprimées de façon artisanale dans le style pochoirs et quasiment chacune d'elle est unique. Résultant de chansons claires et pures sur la version studio, on ne conserve ici que l'ossature des titres et l'intimité dégagée est alors pleine de charme et de douceur.

Enfin, en juin dernier pointait le bout de son nez, un vinyle 12' de INC. annoncé par le titre 'Swear'. Ex-Teen INC., les deux frères qui composent INC. proposent de la dub step atmosphérique plutôt efficace. On retiendra particulièrement le titre 'Millionairess' qui donne envie d'entendre le duo sur un format plus long.



16/10/2011

ON AIME AUSSI ...


ZOMBY
Dedication
4ad records

Cela fait pas mal de temps que 4ad diversifie son offre, mais il y a des terres que jusqu'à très récemment le label anglais n'avait pas foulées. Et depuis près d'un an, on voit fleurir à son catalogue des artistes typés 'dubstep'. On citera INC., JOKER et bien entendu ZOMBY qui propose là son premier album intitulé 'Dedication'.

Si ce n'est que dérrière l'alias ZOMBY se cache un jeune artiste en activité depuis 2007, on ne sait rien de plus, ce dernier s'obstinant à ne rien dévoiler et surtout pas à quoi il ressemble. Pour ce premier essai chez l'indépendant 4ad, ZOMBY souffle plus le froid que le chaud et distille une musique mystérieuse quasiment instrumentale durant les 36 minutes de l'album. Une introduction digne d'une bande son de Carpenters, un single, 'Natalia's Song' plutôt convaincant et un enchainement de vignettes sonores glacées et intelligentes. Le rythme répond au minimalisme des contructions qui semblent se faire un malin plaisir à brouiller les pistes jusqu'au plus lisible 'Things Fall Apart', seule partie 'chantée' de 'Dedication'.

L'étrangeté dégagée par cette pièce musicale enjoint l'auditeur à un certain état qui peut par moment avoisiner un sentiment proche de la fascination ou de l'oubli. De bout en bout 'Dedication' garde en haleine et comporte les indices d'un bon disque, réfléchi et bien produit. Faussement abstrait, faussement lisible, la musique de ZOMBY est à classer parmi les bonnes surprises de 2011.


http://www.myspace.com/zombyproductions

10/10/2011

ON AIME AUSSI ...


ELYSIAN FIELDS
Last Night On Earth
vicious circle

Loin de souffrir d’être boudé par le grand public, ELYSIAN FIELDS continue de proposer une musique d’une beauté inégalée avec la même aisance et le même souci du détail. ‘Last Night On Earth’ est le sixième album du duo new-yorkais en 15 ans de carrière, c’est, surtout, l’oeuvre la plus aboutie d’un groupe parvenu à dépasser ses querelles internes et ses problématiques amoureuses pour continuer à créer ensemble. Autrefois en couple, Charles et Bloedow se sont séparés à la ville il y a quelques années. A la scène, le duo a tout de même prolongé sa collaboration. “Ça s’est fait naturellement. On avait passé tellement d’années à écrire des morceaux de rupture que ça avait dû nous préparer”, sourit monsieur. Et madame, très émue, d’ajouter, voix tremblante et larmes aux yeux : “Cette relation est tellement sacrée pour moi. Ce que nous créons à deux, ça a toujours été plus grand que nous, il n’y avait donc pas de raison d’arrêter. Ce nouvel opus va encore plus loin dans le mariage de la pop classieuse, du blues à fleur de peau accompagnés, soutenus, habités par le souffle magique de Jennifer Charles.



GANG GANG DANCE
Eye Contact
4ad records

Voilà dix ans et six albums à son actif que GANG GANG DANCE dispense sa musique débridée au travers d’une mixité improbable et pourtant jouissive. Jusqu’alors plutôt underground, les quatre américains font un pas en avant avec ‘Eye Contact’, leur premier album à être signé sur l’indépendant 4.A.D. Comme à son habitude, le groupe crée un monde qui ne ressemble à aucun autre. D’une originalité folle, ce nouvel album enchaîne les improbabilités auditives avec force et talent. On se régale dès l’introductive ‘Glass Jar’ d'une durée de plus de dix minutes et le plaisir à cheminer dans ce monde chamarré et en éveil permanent ne se dément pas tout au long de cette longue plage musicale avoisinant plus l’expérience que la simple écoute. Du pur bonheur !!



BON IVER
Bon Iver
4ad records

Tout avait débuté avec cette histoire tristounette d’abandon et de réclusion au fin fond d’une forêt dans une cabane. Des chansons composées dans la douleur, presque expurgées pour pourvoir alléger un cœur trop gros. Voilà une étrange façon de faire connaissance avec un artiste atypique, un peu mystérieux et pourtant profondément humain. Un premier album fragile, beau et lumineux. Puis c’est le vide, la page blanche, le bonheur retrouvé et l’absence de rugosité à partager. Enfin, trois ans plus tard Justin Vernon est de retour avec ‘Bon Iver’. Moins seul, plus heureux et pourtant toujours aussi intéressant. L’effet d’annonce en moins, ce deuxième disque de BON IVER reste dans la lignée du premier mais baigné d’une sérénité nouvelle. Sa musique reste fragile, belle et douce. Légère comme un flocon de neige en hiver, un feuille bercée par le vent d’automne, un pétale soutenu par la brise d’été.




http://www.elysianmusic.com
http://www.ganggangdance.com
http://boniver.org